24 mai 2007

J+32 : à gauche et à droite

" Entre nous, monsieur Rivron, êtes-vous de droite ou de gauche ?" – le dernier à me poser cette lancinante question, il y a quelques jours, c’était le chef de Cabinet du Préfet, chargé de me faire passer le petit test de l’orientation politique des candidats aux législatives…

Depuis ma crise d’adolescence, je n’ai jamais bien compris comment on faisait pour répondre à cette question… Adolescent, c’était facile : je me disais de gauche parce que la gauche représentait pour moi la générosité. Point.
J’ai eu très vite l’impression, ensuite, à la relecture un peu plus libre de l’histoire qu’on ne vous apprend pas à l’école, un peu plus étoffée, qu’il y avait comme une fantastique confusion, savemment et patiemment entretenue, sur le sujet. J’ai lu plein d’auteurs de gauche très généreux, très sincèrement altruistes, et honnêtes apparemment dans leur vie quotidienne avec leurs idéaux. J’en ai trouvé aussi bon nombre à droite. Idem pour les hommes politiques.
On classe d’ailleurs, généralement, les gens en fonction des hommes politiques qu’ils soutiennent ou disent aimer. Et les hommes politiques, en fonction de la place de leurs meilleurs amis dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Rien à voir donc, à l’origine, avec la générosité, "la fibre sociale" comme on dit. N’oublions jamais que les partis d’extrême-droite ont le plus souvent été portés au pouvoir par des gens qui avaient la fibre tellement sociale qu’elle en était devenue populiste (adjectif galvaudé et censément péjoratif sur lequel il y aurait aussi beaucoup à dire, mais le site d’un candidat aux Législatives n’est ni un manuel d’histoire, ni un traité de philosophie).

Alors comment en est-on arrivé à faire d’une bête situation dans l’espace le symbole d’un état de notre être-au-monde individuel ? Et surtout, comment en est-on arrivé à ériger en argument d’autorité le fait qu’il faille absolument se sentir à droite ou se sentir à gauche ? Et puis, quelles valeurs fondamentales, réelles, opposeraient nécessairement ces deux notions : la gauche/la droite ?
Je n’en vois aucune qui tienne à l’analyse : ni la générosité, ni l’efficacité, ni l’autoritarisme, la sincérité ni la probité individuelles, ni même le point de vue que chacun dans son camp peut avoir sur la géo-stratégie, les relations étrangères, le mode de gouvernement de l’Europe…

Seule reste, peut-être, et encore, la question du modèle économique, le fameux "libéralisme contre dirigisme". Il pourrait bien y avoir ici une vraie ligne de fracture entre la droite et la gauche, mais qui n’a plus vraiment cours qu’en théorie de l’économie, ou dans les cerveaux abimés de quelques fondamentalistes d’un camp politique ou de l’autre, et dont par bonheur les Français n’ont jamais voulus comme dirigeants – ou, s’ils ont parfois été amenés à les porter au pouvoir à cause même de cette absurde idée qu’il faut nécessairement être de droite ou de gauche, ils les ont vite rappelés au sens d’un certain équilibre !

Car effectivement, on l’a bien vu à l’occasion du referendum de 2005 comme à l’occasion des présidentielles et de ses suites, les Français dans leur majorité rejettent viscéralement et à juste titre cette dichotomie droite/gauche que le soi-disant "bon fonctionnement" de la démocratie imposerait. Pourtant, au-delà nos réflexes langagiers et de quelques intérêts très partisans, cette inopportune dichotomie est également nourrie, et de manière beaucoup plus perverse, par nos institutions elles-mêmes, qui excluent de fait du "jeu politique" national tout discours tendant à la réfuter (il suffit de voir pour s’en convaincre ce qu’il advient en ce moment de la représentativité de l’UDF-MoDem, mais aussi des volontés de reconstruction au PS).
Il y a là, il me semble, un vrai chantier à ouvrir pour les quelques députés qui voudraient que se normalise le débat politique en France. Car à force de reporter sans cesse une réflexion de fond nécessaire sur la manière de faire évoluer les structures de notre démocratie, on finira par en faire l’obstacle principal à l’efficacité économique et à la paix civile.

Serge Rivron (article publié ce jour sur mon site de candidat aux législatives)

Posté par France moins J à 18:21 - - Permalien [#]