France moins J

17 juin 2007

2e tour des législatives

Dimanche 17 juin, midi : la radio annonce 65% de participation. Mes électeurs se réveillent, c'est indubitable. Vu l'affluence ce matin dans le village, je l'avais bien senti ! Et quand je pense à la mauvaise foi évidente du maire qui me disait que les gens n'étaient là que pour acheter leur pain ! Tu vois, Sancho, ce soir, nous aurons sans doute terrassé les chimères !

17h30 : la radio annonce n'importe quoi ! La participation dépassera à peine celle de la semaine dernière, finalement. Pourtant, tu vois, Sancho, je suis sûr que mes électeurs se réveillent... Attendons...

22h30 : wwaah ! ce bordel ! Je le sentais Sancho, la France redevient gauloise ! La vague bleue achoppe sur la contre-vague rose. Juppé a pas de pot, il est marqué ce mec : c'est lui qui prend le reflux en pleine fiole... Pan, démission obligatoire. La gauche déperd toujours sur le dos de ce qui n'est pas le pire. Tant pis ! bien fait pour Juppé ! Jack Lang en profite, il sera là encore pendant 5 ans à nous conter la chèvre de monsieur Seguin incarnée par Blanquette en personne ! Ségolène pollue le débat du soir, balance son histoire de cul en plein moment où on allait enfin parler d'Europe. Elle avoue sa rupture... pas qu'on s'en foute, non... pas que tout le monde le savait bien depuis longtemps... juste histoire d'émanciper l'OPA qu'elle a bien l'intention de faire sur le PS mort ! Vas-y Ségo, l'Assemblée on s'en fout ! Vauzelles est réélu, il fera ce que tu dis ! C'est l'essentiel... PS contre UMP, on a gagné le même débat qu'éternellement. C'est sûr, ça va avancer un max, les 5 ans qui viennent !
Ah ! Sancho ! au fait : à Sain-Bel, j'ai gagné : 2 électeurs ont fait manif pour pouvoir voter pour moi. Du coup, j'emporte le second tour dans la 8e circonscription du Rhône. Et paraît que j'ai même eu des voix à Lyon, que ces salauds les comptent nulles ! Reste plus qu'à espérer qu'on puisse toujours écrire ce qu'on veut sur le Net sans agrément d'Etat : bonne nouvelle - la seule très bonne, ce soir :  Renaud Donnedieu de Vabre est pas élu. Viré. Le fossoyeur de l'intelligence, du bon goût et de la liberté. L'ex-ministre de la culture. Le monsieur DADvSI. A la poubelle ! On-a-ga-gné-on-a-ga-gné !
Momentanément. Très momentanément.

Serge Rivron

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16 juin 2007

En ce temps-là

En ce temps-là, la France subissait ses démons.

Ce journal à deux voix de la campagne présidentielle est écrit au jour le jour. "Almanach" serait d'ailleurs plus juste que "journal", puisque ce qui se déroule sous nos yeux en ce bizarre hiver tout déréglé tient plutôt de Vermot ou d'Alfred Jarry.

Serge Rivron, février 2007

Poli_Rivron

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11 juin 2007

Législatives : la cohérence

On a tellement dit aux gens d'être cohérents dans leur vote ("vous avez voté Sarko, donnez-lui une majorité") que... ça a marché ! Pour répondre à la méthode Coué, les "Thénardier" du PS ont battu un record d'anaphores, une figure de rhétorique pourtant réservé au leader Minimo, anaphores bien sûr inutiles : pas les moindres antanaclase, chiasme ou litanie qui auraient pu mettre un peu de baume apaisant au coeur de ce qu'il faut appeler une nouvelle défaite historique d'une gauche qui aurait dû gagner ces élections haut la main, et qui a été dans la défaite encore minable avec ses dénégations d'enfant. Comme personne n'avait un soir de 2002, dit à Jospin qu'il avait perdu, il semble que personne n'a prévenu Ségolène de la défaite ! Il va falloir le faire et vite. Le "responsable mais pas coupable", ça ne marche pas tous les jours.  La forte abstention concerne la gauche, elle est la traduction d'une grande lassitude. Une grande partie des électeurs a pu enfin dire non à cette gauche qui n'a pas convaincu. Nicolas Sarkozy, lui, il se contente de poursuivre sur son erre.
La cohérence voudrait maintenant que la gauche fasse un bilan du peu d'enthousiasme qu'elle a suscité pendant cette campagne. En choisissant de nouveaux leaders. Et vite... car les journalistes consacrent déjà dans de nombreuses rédactions à jouer à un jeu cynique : quand s'arrêtera la fin de l'état de grâce de Sarko ?

Les moins optimistes disent que les choses pourraient commencer à se dégrader dès novembre...

Jean-Laurent Poli (jl.poli@free.fr)

Posté par France moins J à 10:45 - - Permalien [#]

29 mai 2007

Légis J-12 : syllogismes

Nicolas Sarkozy, à 12 jours des élections Législatives, Nicolas Sarkozy le Président de tous les Français, se rend aux meetings de soutien des candidats UMP à l'Assemblée nationale. Je ne suis pas UMP, donc je ne suis sans doute pas Français.

Le PS désuni, à 12 jours des élections Législatives, délègue ses potentats au chevet de tous les candidats de la Gauche en re-déconstruction qui ne veulent pas d'un Etat tout UMP. Je ne suis pas candidat de la gauche en re-déconstruction, donc je suis sensé vouloir d'un Etat tout UMP.

L'UDF-MoDem en dé-recrépitude à 12 jours des élections Législatives, acclame François Bayrou, qui appelle tous les esprits raisonnables de ce pays à voter pour les candidats de l'UDF d'avant MoDem qui lui font avorter le MoDem dès avant qu'ils aient été rejetés par les urnes - cet appel ne me dit rien qui vaille, donc je ne dois pas être raisonnable.

Et si j'étais bien, pour de vrai, le seul candidat libre de ces Législatives ?

Serge Rivron

Posté par France moins J à 23:53 - - Permalien [#]

Légis J-12 : Votez Serge, Bordel !

Nombreux ont voté Sarko pour intérêts d'emprunt à déduire. Eh ! bien, on rase gratis demmmmaiiiiiin !

Les promesses se ramassent à la pelle alors qu'on n'a même pas d'Assemblée nationale. Et le meilleur est à venir.

Au fond, le personnage le plus sympathique de ce nouveau gouvernement c'est... Alain Juppé. (un temps). Oui... Alain Juppé (un temps un peu plus long que le précédent). Juppé, oui , c'est Juppé, le plus sympathique.

Jean-Laurent Poli

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24 mai 2007

J+32 : à gauche et à droite

" Entre nous, monsieur Rivron, êtes-vous de droite ou de gauche ?" – le dernier à me poser cette lancinante question, il y a quelques jours, c’était le chef de Cabinet du Préfet, chargé de me faire passer le petit test de l’orientation politique des candidats aux législatives…

Depuis ma crise d’adolescence, je n’ai jamais bien compris comment on faisait pour répondre à cette question… Adolescent, c’était facile : je me disais de gauche parce que la gauche représentait pour moi la générosité. Point.
J’ai eu très vite l’impression, ensuite, à la relecture un peu plus libre de l’histoire qu’on ne vous apprend pas à l’école, un peu plus étoffée, qu’il y avait comme une fantastique confusion, savemment et patiemment entretenue, sur le sujet. J’ai lu plein d’auteurs de gauche très généreux, très sincèrement altruistes, et honnêtes apparemment dans leur vie quotidienne avec leurs idéaux. J’en ai trouvé aussi bon nombre à droite. Idem pour les hommes politiques.
On classe d’ailleurs, généralement, les gens en fonction des hommes politiques qu’ils soutiennent ou disent aimer. Et les hommes politiques, en fonction de la place de leurs meilleurs amis dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Rien à voir donc, à l’origine, avec la générosité, "la fibre sociale" comme on dit. N’oublions jamais que les partis d’extrême-droite ont le plus souvent été portés au pouvoir par des gens qui avaient la fibre tellement sociale qu’elle en était devenue populiste (adjectif galvaudé et censément péjoratif sur lequel il y aurait aussi beaucoup à dire, mais le site d’un candidat aux Législatives n’est ni un manuel d’histoire, ni un traité de philosophie).

Alors comment en est-on arrivé à faire d’une bête situation dans l’espace le symbole d’un état de notre être-au-monde individuel ? Et surtout, comment en est-on arrivé à ériger en argument d’autorité le fait qu’il faille absolument se sentir à droite ou se sentir à gauche ? Et puis, quelles valeurs fondamentales, réelles, opposeraient nécessairement ces deux notions : la gauche/la droite ?
Je n’en vois aucune qui tienne à l’analyse : ni la générosité, ni l’efficacité, ni l’autoritarisme, la sincérité ni la probité individuelles, ni même le point de vue que chacun dans son camp peut avoir sur la géo-stratégie, les relations étrangères, le mode de gouvernement de l’Europe…

Seule reste, peut-être, et encore, la question du modèle économique, le fameux "libéralisme contre dirigisme". Il pourrait bien y avoir ici une vraie ligne de fracture entre la droite et la gauche, mais qui n’a plus vraiment cours qu’en théorie de l’économie, ou dans les cerveaux abimés de quelques fondamentalistes d’un camp politique ou de l’autre, et dont par bonheur les Français n’ont jamais voulus comme dirigeants – ou, s’ils ont parfois été amenés à les porter au pouvoir à cause même de cette absurde idée qu’il faut nécessairement être de droite ou de gauche, ils les ont vite rappelés au sens d’un certain équilibre !

Car effectivement, on l’a bien vu à l’occasion du referendum de 2005 comme à l’occasion des présidentielles et de ses suites, les Français dans leur majorité rejettent viscéralement et à juste titre cette dichotomie droite/gauche que le soi-disant "bon fonctionnement" de la démocratie imposerait. Pourtant, au-delà nos réflexes langagiers et de quelques intérêts très partisans, cette inopportune dichotomie est également nourrie, et de manière beaucoup plus perverse, par nos institutions elles-mêmes, qui excluent de fait du "jeu politique" national tout discours tendant à la réfuter (il suffit de voir pour s’en convaincre ce qu’il advient en ce moment de la représentativité de l’UDF-MoDem, mais aussi des volontés de reconstruction au PS).
Il y a là, il me semble, un vrai chantier à ouvrir pour les quelques députés qui voudraient que se normalise le débat politique en France. Car à force de reporter sans cesse une réflexion de fond nécessaire sur la manière de faire évoluer les structures de notre démocratie, on finira par en faire l’obstacle principal à l’efficacité économique et à la paix civile.

Serge Rivron (article publié ce jour sur mon site de candidat aux législatives)

Posté par France moins J à 18:21 - - Permalien [#]

J+32 : Kouchner le relaps

Le relaps Bernard Kouchner s'est justifié dans le Monde de son passage à droite en ces termes :
"La politique extérieure n'est ni de gauche ni de droite."
Personnellement je n'en suis pas encore remis. En tenant des propos pareils, il me paraît entériner le fait que l'Amérique a raison de faire la guerre en Irak. Il entérine les propositions de Bush. Il fait "quelque part" sienne la politique américaine. Cet atlantisme insoutenable, Hubert Védrine (qui est sans doute encore de gauche) l'a violemment combattu dans son livre sur "l'Hyperpuissance américaine". S'il faut tenter de mieux comprendre les américains (souvent trop caricaturés), il n'est nullement question de faire allégeance, rappelle l'ex-patron du Quai d'Orsay qui, lui, n'a pas été choisi comme ministre.
Ouf...

Jean-Laurent Poli

Posté par France moins J à 12:44 - - Permalien [#]

22 mai 2007

J+30 : penseur anti-jogging

- Alain Finkelkraut s’est dit choqué par la vision d’un Président de la République en jogging et transpirant. "Il faut qu’il arrête" a déclaré le transfuge. Mais lui, quand s’arrêtera-t-il de penser ?

- Ségo fait son retour : elle est la candidate qui arrive en tête des sondages à gauche. Sarkozy n’a pas de souci à se faire pour les dix ans qui viennent.

Jean-Laurent Poli

Posté par France moins J à 19:34 - - Permalien [#]

19 mai 2007

J+27 : changer d'âne

Il y maintenant plusieurs semaines, nous nous étions intéressés dans cette campagne passionnante au mouvement dit des "Gracques". Un des leaders de ce mouvement était Jean-Pierre Jouyet, ex-numéro deux de Jospin et proche de Séghollande. Depuis sa nomination au gouvernement d'ouverture (au néant?) de Sarkozy, la presse enthousiaste acclame sa participation, semblant oublier deux points capitaux :

- Si monsieur Jouyet a bien été un proche des Thénardier (appelation hilarante utilisée par l'écrivain Franca Maï pour désigner le couple de tenanciers du PS), il avait été écarté de toute responsabilité de campagne par ceux-ci. C'est sans doute la raison qui l'avait alors poussé à fonder ce sympathique mouvement de hauts fonctionnaires favorables à François Bayrou qu'étaient (que sont?) les "Gracques". Qu'on me suive bien (enfin lui, surtout, parce qu'il est assez difficile à "tracer") : Monsieur Jouyet, leader des "Gracques", ancien pilier du système Jospin, a avant le premier tour appelé à la fondation d'un grand mouvement centriste et donc à se rapprocher de François Bayrou.

- Monsieur Jouyet semble avoir de nouveau changé d'avis puisqu'il est devenu membre du gouvernement Sarkozy, bien que de gauche, rejoignant les ouverts indécis ou les déçus indécis de gauche ou les recalés des bons coups, ou les privés du plaisir de pouvoir faire le bonheur de la France... En mai fais ce qu'il te plaît !
Une certitude : la politique européenne de la gauche sera bien défendue dans ce gouvernement de droite. Quant à l'atlantisme de Koukouch Panier, on ne pouvait espérer mieux, le médecin sans frontières ayant, on s'en souvient, déplacé les frontières et dépassé les bornes en appelant à la guerre en Irak (ne pas l'oublier celle-là même si une aura de bienfaisance entoure le french doctor).

Pour quel motif la presse feint-elle d'oublier le parcours de Jean-Pierre Jouyet ou, en tout cas, ne s'intéresse-t-elle nullement à la question ? Il n'y a, semble-t-il, aucune raison de s'indigner d'un changement de camp de dernière minute, depuis quelques semaines. En d'autres temps elle ne s'était pas plus alertée de l'abandon de Ségolène par Kouchner pour Bayrou à une semaine du premier tour. Le Président de la République a donc su avec une intelligence politique dont on le pensait incapable récupérer les miettes.
Pourquoi ? Je vais vous le dire : y a que les imbéciles qui changent pas d'avis !

C'est même très tendance, le désaveu de tout ce en quoi l'on croit ! et cela nous invite fortement à soutenir les candidatures vraiment libres.

Jean-Laurent Poli

Posté par France moins J à 17:08 - - Permalien [#]

18 mai 2007

J+26 : candidat libre !

C'est fait : depuis 16 heures je suis officiellement candidat à la députation de la 8e circonscription du Rhône. Notez bien, je ne suis pas le seul... il y a 14 postulants, dont quelques-uns, je suis sûr, tout aussi libres que moi !
Qu'est-ce que ça vous fait, à vous ? Parce qu'à moi, ça me fait quand même bizarre, après tout ce temps qu'on a passé ensemble depuis bientôt trois mois.
Bon, vous serez bientôt 8000 à être venu nous lire, espérons que ce soit de bonne augure, parce que je vais vous dire un truc entre nous : moi, les campagnes électorales, je n'ai jamais su comment ça se menait.
Pour ceux que ça intéresse, je mettrai demain en ligne mon site de candidat libre. C'est un truc sérieux, une campagne électorale - je réserverai donc certaines de mes impressions pour ici.
La première ? Ben, à regarder ce qui se passe en ce moment du côté de la haute politique, on dirait que le Leader Minimo est pour de vrai en train de ratisser très large... ça doit leur faire peur, un peu, aux chantres de l'ouverture à gauche, à droite et au milieu, non ?

Serge Rivron

Posté par France moins J à 19:11 - - Permalien [#]

16 mai 2007

J+24 : Caligula à l'Elysée (2)

Je suis las ! Aujourd'hui a eu lieu la passation et je redouble ma dose de cachets.
Cécilia a bien joué le coup. C'est elle qui a eu l'idée de réunir les enfants derrière moi lors du discours. Une famille recomposée, parmi tant d'autres. De quoi rassurer les classes moyennes qui se ruinent en pensions. Le petit Louis a fait un triomphe auprès des photographes. L'émotion était intense, ont dit les média. J'ai écrasé une larme sur le visage de ma femme - enfin, il m'a semblé que c'était une larme. Quand Chirac est parti dans sa grande voiture j'ai failli pleurer une première fois. Qui l'eût cru ? Après réflexion, je pense que c'est la fatigue. Dans le salon où j'ai prononcé mon discours d'investiture j'ai serré des mains. Beaucoup de mains. Les proches.

Ma mère m'a félicité. Tout le monde a en tête que je travaillais mal à l'école, enfant. Bien joué la pub. Elle a juste dit : "Bravo, Caligula !" - Mais j'ai dû faire attention à ne pas croiser le regard de ceux qui étaient placés au deuxième rang et qui me dévoraient des yeux. Le regard engage un monarque. Ils étaient nombreux, et quelques traîtres s'étaient glissés parmi les fidèles. Que vais-je faire de ce MG Benhamou, par exemple, qui a croqué de l'ortolan avec Mitran et qui me soutient comme si j'étais son père ? Avec Balkany c'est plus simple, une bourrade suffit, voire une bonne bière ! Et les autres, tas de félons ! Glucksman cherche mon regard avec une avidité stupéfiante... Mon Dieu ! il continue ! J'y crois pas...
C'est trop beau.
Et là-bas d'autres inféodés qui montrent leur zèle fou, empressés de faire allégeance ! Avec eux particulièrement, méfiance, aucun échange, même non verbal.

Mes conseillers m'ont assez bassiné. On verra plus tard où les caser. Parfois j'aimerais être un cheval, comme un de ceux de la Garde Républicaine, calme, serein. On m'appelerait Cincinnatus !

Cécilia a joué la décontraction. Elle avait des consignes. Je sais que c'est dur pour elle. Après tout ce qui a été dit dans la presse ! La deuxième dame de France ! porter l'image d'une femme adultère, quel courage ! Mais les gens oublient tout ! Nous sommes une famille, une belle famille, nous sommes jeunes, au moins par rapport aux sortants. Les journalistes appellent cela le style Kennedy. Dans les rues, on m'avait dit d'aller au contact du public. Il a fallu que je donne des coudes et que je cours pour semer les photographes. Ridicule ! J'avais l'impression d'être un punk se jetant dans la foule. La fatigue est accentuée par les cachets. Après la descente des Champs, on m'a lu une lettre de Guy Moquet, un jeune résistant abattu par les nazis. J'ai pleuré, j'ai failli me transformer en fontaine, je luttais pour ne pas chialer comme une gamine ! Putain de cachets !
Ce soir on m'envoie en Allemagne... Cette journée est interminable. Je rentrerais à trois heures du matin. Le style Kennedy qu'ils disent !
Mourrais-je comme un Kennedy ?

Jean-Laurent Poli (jl.poli@free.fr)

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14 mai 2007

J+22 : blocages

Est-il possible aux citoyens lambda de se réapproprier au moins une partie du champ du politique ?

Cette question, avant toute autre et avant même celle de la définition d'un "programme" reflétant les inévitables "options politiques" du candidat, est celle que j'ai voulu poser à la société française en annonçant et en préparant ma candidature aux élections législatives. Parce que ces élections, celles des représentants du peuple à l'Assemblée Nationale, devraient être par excellence le moment de l'affirmation de cette exigence de citoyenneté, et surtout de l'ouverture à sa possibilité. Et singulièrement cette année, après une mobilisation sans précédent de l'électorat, où toutes les instances partisanes se sont empressées, la main sur le cœur, de voir "un renouveau en profondeur de la vie politique de ce pays, le grand renouveau de la démocratie"… Tu parles, Charles !

Qu'un ridicule touriste essaye de se présenter, et le piège se referme autour de lui ! Vade retro citoyen minuscule ! As-tu bien mesuré ce qu'il peut t'en coûter de venir ainsi troubler notre breuvage ?

Car déjà, sans investiture de ce pilier de l'exclusion participative qu'est le Parti politique, pas d'argent d'avance, pas de partage ! Faut payer tout seul, effectivement. Dans une circonscription comme la mienne, ne serait-ce que pour l'arrosage minimum de la population en tracts, profession de foi, affiches et bulletins de vote, sans rien compter d'autres, ni locations de salles, ni frais kilométriques à parcourir un territoire immense à la rencontre des 82 communes éparpillées dessus, au bas mot il faut compter, avec l'aide militante d'un imprimeur qui ne vous ferait payer que le papier, dans les 8000 ? 10000 Euros ? Allez, ça pourrait peut-être encore ne pas constituer le plus important blocage, si je me dis que le nombre de mes lecteurs m'ayant déjà proposé leur aide me l'accorde effectivement…

Mais sans investiture, pas de réseaux non plus, tu ne peux compter que sur toi pour trouver les relais village après village, tous ces militants indispensabes à distribuer tes tracts, coller tes affiches, te faire un brin de bouche à oreilles…

Puis sans investiture, ça devient plus embêtant, comme tous les partis sont maqués ici ou là avec un important de la libre presse locale, ton accès à toi aux média, il a des chances d'être limité au minimum syndical – et en plus, comme tu le réclames à cor et à cri à longueur de temps, pour bien te faire voir que les journalistes sont souverains, tu peux compter sur eux pour ne pas chercher à faire dans la connivence en rapportant les rares propos de toi qu'ils vont rapporter ! Ah ! ça ! Aux autres candidats le ton de l'objectivité, le traitement "neutre", respectueux des formes… à toi, qu'ils puissent un peu étaler sur ton incongrue personnalité leurs audaces de plume. Au moins, c'est déjà ce qu'on te fait entendre - et comme je connais un peu le milieu, j'ai assez l'impression que ça risque de se passer tout à fait comme ça.

Sans investiture, enfin, c'est le chantage qui redouble : "Tu peux y aller quand même, si ça t'amuse ! mais avec qui ? Qui pour accepter d'être ton suppléant, hein?" Qui pour faire le mandataire obligatoire des finances de ta campagne ? Qui pour s'occuper de la coordination du binz ? Qui c'est qui serait assez fou pour se griller avec toute la bonne société des potentats et des réseaux traditionnels ? Si tu en trouves, si tu trouves à brûle-pourpoint au dernier moment ("comme tu t'y es mal pris!") les ceusses assez déjantés pour ça, dis-leur quand même que c'est pas tout cuit pour eux, le boulot, les postes, l'avenir... Parce que c'est pas avec les 3% maxi qu'ils vont t'aider peut-être à récolter qu'ils pourront la ramener, après !…

Voilà à peu près où nous en sommes à l'heure où je vous écris. Je dis nous, parce que cette petite expérience, que j'essaie encore d'amener à son terme (c'est-à-dire 2% des voix pour moi dans 3 semaines) en n'étant pas sûr encore de pouvoir la continuer au-delà de vendredi (jour de clôture des candidatures) – cette petite expérience me dépasse largement. Cette belle aventure don quichotesque, c'est la nôtre, citoyens ! Elle montre assez bien, hélas, que la démocratie tous azimuts est complètement bloquée et pour longtemps. Laissons tomber la "promesse" de la participation massive des électeurs à la présidentielle : le réappropriement de la politique par le citoyen de base n’est non seulement pas souhaité du tout mais quasiment impossible. Blanche, noire, rouge, bleue horizon ni même orange, la révolution ne sortira pas des urnes. Système cadenassé cherche clé enterrée sous 50 ans d’histoire !

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